La procrastination spirituelle

"Si vous voulez sauver un juif, le meilleur juif que vous pouvez sauver, c'est vous-même." Je vais donc prendre la liberté d'appliquer également ce concept aux Bnei Noah.

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Alice Jonsson

Posté sur 08.05.08

Certains titres de l'actualité ne me font pas plaisir. Olmert, le leader juif du peuple juif, du peuple juif d'Israël – qui fut créé par Hachem pour les juifs – offre la ville sainte de Jérusalem, pour assouvir des tyrans meurtriers. La tombe de Rabbi Na'hman est convoitée par des sinistres individus ukrainiens qui vénèrent le pouvoir et l'argent et ne se soucient pas d'un iota de Rabbi Na'hman ou des gens qui l'appellent leur Rabbi.
 
Et pourtant, comme si cela n'était pas suffisant pour nous faire pleurer, nous apprenons que le châtaignier dont Anne Frank parle affectueusement dans son journal – cet arbre qui lui donna tellement d'espoir pendant qu'elle se cachait pour sauver sa vie dans la célèbre "annexe secrète" – doit être détruit car tous les efforts qui ont été menés pour prolonger sa vie ont échoué. Et même s'il est vrai que les arbres meurent aussi – et que l'on ne peut rien y faire – cela fait mal. Et cela me donne envie de pleurer.
 
Je voudrais bien corriger ces gens qui sont impliqués, aujourd'hui et hier, dans ce désordre. Je crois savoir exactement ce qui ne va pas chez eux, quel chemin ils ont pris. J'aurais juste besoin de m'asseoir, de leur faire la morale, et de faire en sorte qu'ils fassent ce que moi je veux. Et, tout irait bien. Je suis convaincue de cela.
 
Récemment, je suis allée assister à un cours donné par un rabbin. Au beau milieu d'une explication sur le livre de la Genèse, le rabbin parla de la compulsion humaine de se tourner vers l'extérieur et de modifier ce qui ne va pas chez les autres. Il disait qu'il rappelle souvent aux gens : "Si vous voulez sauver un juif, le meilleur juif que vous pouvez sauver, c'est vous-même." Je vais donc prendre la liberté d'appliquer également ce concept aux Bnei Noah. Cependant, pour commencer, je vais “arranger” tout ce qui ne va pas chez tous les gens égarés impliqués dans les fiascos que j'ai mentionnés ci-dessus.
 
Je vais m'intéresser à eux d'abord, et ensuite je m'occuperais de moi. C'est promis. On va appeler cela de la procrastination spirituelle : c'est lorsque vous avez quelque chose à faire de vraiment vital ou stimulant et subitement, vous avez l'énergie d'accomplir tout ce qu'il y a dans votre liste, excepté la chose la plus importante que vous devriez faire. J'ai travaillé une fois avec une femme qui devait faire face à un effrayant projet d'écriture et qui fut réduit à nettoyer son écurie ; une véritable écurie : là où les animaux dorment. J'avoue que dans son cas, cela fut le “top” d'un haut niveau de procrastination. 
 
Je veux travailler sur les autres en premier parce que je n'aime ce que je vois. Le rabbin Shalom Arush le dit dans son livre  "Le jardin de la foi" et le rabbin Brody fait fréquemment écho à ce sentiment : le monde est un miroir qu'Hachem tient devant nous pour que l'on puisse voir ce qui est bon en nous et également… ce qui est mauvais. Ainsi – et sans l'ombre d'un doute – tout cela m'enseigne que je dois faire quelques transformations sérieuses dans ma façon de penser.
 
Je dois me faire la morale à propos de ma petite guerre personnelle et des choses vraiment misérables qui sortent de ma bouche, même envers les membres de ma famille qui sont les premières personnes que je devrais protéger. Je devrais aussi réfléchir à ma mauvaise habitude d'enguirlander toutes les personnes qui ont la fâcheuse attitude de ne pas être d'accord avec moi, même s'il m'arrive de les “remuer” sans leur vouloir du mal. Je dois apprendre à ne pas prendre tout ce qui fait ma vie d'une façon aussi personnelle.
 
Je dois aussi faire quelque chose en ce qui concerne mon désir de posséder : savoir pour quelle raison je souhaite accumuler des choses que je n'utiliserai jamais de ma vie. Pourquoi ai-je besoin – pour être rassurée – de savoir que ces choses sont là, à ma disposition, quand je veux et où je les veux ? Et pour quelle raison d'en être la propriétaire me procure un tel sentiment de satisfaction ?
 
Peu importe que je sache que le rabbin Brody a tout à fait raison quand il dit aux gens qu'ils devraient s'investir dans les choses que l'on ne peut pas leur prendre. Un jour ou l'autre, je commencerai à investir également dans ces choses. Mais je le ferai après avoir épuisé ma famille à travailler plus que nécessaire pour posséder les choses qui rendent ma maison plus belle. Sans mentionner les chaussures coûteuses dont j'ai vraiment besoin.
 
Par dessus tout, je dois travailler sur mon idée que je crois toujours savoir presque tout, en dépit du fait que depuis des années Hachem a la bonne idée de tout faire pour me rendre véritablement humble, modeste. Constamment, Il m'apprend que j'ai besoin de Lui faire part de tous mes problèmes, de Le remercier pour tout. Il me rappelle fréquemment qu'Il représente le véritable “savoir” tandis que moi, je ne sais vraiment rien du tout, ce qui ne me pose pas de problème particulier.
 
Il me montre tout le temps, d'une façon vigoureuse et surprenante, qu'Il est “le” responsable. Il possède Jérusalem. Il possède l'Ukraine et tout ce qui s'y trouve. Il a créé l'arbre qu'Anne Frank regardait. Il l'a fait espérer. Il a créé le mal qui l'a dévoré. Il a créé les gens qui à contrecœur désirent l'arracher. Et Il fera grandir les jeunes arbres provenant de plants qui furent pris soigneusement de ses branches affaiblies, si c'est ce qu'il y a de mieux pour nous.   
 
Hachem sait que lorsqu'on grandit dans une culture riche et puissante comme celle des États Unis, on éprouve avant tout un besoin de venir en aide aux autres. Cela peut nous occuper réellement un temps fou. Je ne nie pas le fait que nous avons beaucoup de défauts en tant qu'individu, famille, État et nation. En fait, en regardant toutes les personnes qui remplissent ma vie et en voyant leurs difficultés – ainsi que leurs défauts – j'ai tendance à suivre le conseil du rabbin Arush et à travailler sur moi-même… en premier.
 
Je devrais alors me sentir mieux. Je devrais être plus gentille avec mon mari parce qu'en retour, il me montrera un visage agréable. Nous devrions être plus gentils envers nos amis et nos collègues, ce qui devrait leur permettre de se sentir un peu plus joyeux. Ils devraient être plus agréables envers leurs épouses et recevoir d'elles quelque chose de meilleur en retour. Ils devraient tous apprécier ce moment de paix.
 
D'accord, je vais commencer tout cela… dès que j'aurai fini de nettoyer ma véranda. 

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