Le Chabbat de D-ieu pour la Terre-Behar

Escalader une haute montagne implique de faire de gros efforts et de suer beaucoup pour arriver au sommet. Il en va de même de l’étude de la Torah...

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le Rav David Hanania Pinto

Posté sur 06.05.22

La mitsvah de chemittah porte le nom de Chabath, ainsi qu’il est écrit : « La terre observera les Chabath de l’Eternel » (Lévitique 25, 2). Comme on le sait, elle symbolise une grande épreuve pour l’homme : ne pas travailler du tout pendant la septième année, et en plus tout donner aux autres, comme nous l’enjoint la suite des versets (« Le Chabath de la terre sera pour vous (…) pour toi et ton serviteur et ta servante (…) et ton troupeau et les bêtes de ton pays pourront se nourrir de tous ces produits » (Ibid., 7)). C’est une dure épreuve de se contenter d’attendre la charité de Dieu, sans semer ni labourer, et pourtant, nous savons qu’Il n’envoie une épreuve que lorsque l’homme est capable de la surmonter, ainsi que l’écrit le ‘Hidouchei Harim de Gour sur le verset « Il répand la neige comme la laine » (Psaumes 147, 16) : D-ieu donne la neige à l’homme selon la laine dont il dispose pour se couvrir. Les Sages nous affirment que le Saint béni soit-Il ne cherche pas à embrouiller la vie de Ses créatures, et n’éprouve l’homme que selon ses forces (Avodah Zarah 3a, Chemoth Rabah 34a, Tan’houma 701, 10). Dans ces conditions-là, comment sortir victorieux de l’épreuve de la chemittah ?

Aujourd’hui, on voit des gens qui utilisent toutes sortes de ruses pour y échapper, par exemple vendre les champs à des non-juifs, alors qu’autrefois, la chemittah était observée dans ses moindres détails, sans quoi il s’ensuivait un désastre, par exemple : « A cause de la transgression de la chemittah, Israël est exilé et le Temple est détruit » (Avoth 5, 9, Chabath 33a). Mais en réalité, il faut comprendre pourquoi cette destruction résulterait de la non-observance de la chemittah. J’ai aussi vu dans l’ouvrage Hokhia’h LéAvraham la question suivante : Il est dit dans la Guemara (Chabath 119b) que Jérusalem (et le Temple) n’ont été détruits que parce qu’on y profanait le Chabath. C’est donc qu’il ne s’agit pas exclusivement de la chemittah ? De son côté, le prophète se pleure de ce que le pays a été perdu parce que les benei Israël avaient abandonné la Torah (Jérémie 9, 11, 12), ce qui semble signifier que la destruction a été due à une légèreté dans l’étude de la Torah !

Nous allons tenter d’expliquer tout cela au mieux possible (ces sujets ont déjà été abordés de différentes façons dans d’autres articles sur notre parachah, mais la Torah a soixante-dix visages). Au début de la parachah, Rachi demande au nom des Sages (Torath Cohanim) : « Quel rapport y a-t-il entre la chemittah et le mont Sinaï ? » et répond : « De même que la chemittah, ses principes généraux et tous ses détails ont été donnés au Sinaï, c’est aussi le cas de toutes les mitsvoth ». On n’aperçoit toujours pas très bien pourquoi l’exemple spécifique de la chemittah a été choisi. La raison en est que cette mitsvah comporte une grande épreuve, c’est pourquoi elle peut nous donner un enseignement sur toutes les mitsvoth, qu’elles soient faciles ou difficiles, dans le concept de la michnah : « Sois aussi vigilant envers une mitsvah facile qu’envers une mitsvah difficile » (Avoth 2, 1). On apprend donc de la chemittah qu’il est impossible d’accomplir des mitsvoth importantes si on ne fait pas attention aux détails les plus infimes des mitsvoth faciles. C’est assurément l’habitude que D-ieu a donnée aux benei Israël dans le désert vis-à-vis de toutes les mitsvoth, pour qu’ils soient ensuite capables d’observer la mitsvah de chemittah en Terre Sainte.

Quand on veut escalader une haute montagne, il faut réaliser de gros efforts et suer beaucoup avant d’arriver au sommet. Or il en va de même de l’étude de la Torah : pour l’acuqerir, il faut se donner énormément de mal (Torath Cohanim Lévitique 26, 3), comme l’explique Rabbi Israël Salanter sur le lien entre les parachioth Béhar et Bé’houkotaï ; en effet, l’étude doit être vécue comme s’il y avait une haute montagne à gravir et qu’il faille sans cesse continuer à grimper. On doit aussi se donner beaucoup de mal pour observer la chemittah, et on n’y parvient qu’en étudiant la Torah dans l’effort. Le lien est donc clair : le Temple a été détruit par la faute de la négligence dans l’étude de la Torah ainsi que par la non-observance de la chemittah, car les deux sont liés.

On peut encore ajouter que la « montagne » fait allusion aux plaisirs de ce monde, car la Guemara (Soukah 52a) appelle le mauvais penchant une montagne, et il y a des gens qui ne se donnent du mal que pour obtenir ce qui les satisfait en ce monde, au lieu de se rendre compte que les biens de ce monde doivent être au service exclusif de la Torah, du mont Sinaï ! Quand on travaille pour assurer sa subsistance, cela doit être dans l’unique but de faire la volonté de D-ieu d’accomplir la Torah et les mitsvoth et de donner la Tsedaka. Dans cet esprit, on comprend le rapport entre les différentes opinions des Sages que nous avons citées : celui qui n’a pas investi d’effort dans l’étude de la Torah et ne s’est occupé que des plaisirs de ce monde ne pourra observer la mitsvah de chemittah correctement, et la destruction le guette.

La même notion nous permet également de comprendre le lien entre le Chabath et la chemittah, puisque le Temple et Jérusalem ont également été détruits à cause du Chabath. D-ieu nous a offert un merveilleux cadeau, le Chabath (Chabath 10a), afin que nous l’observions scrupuleusement, que nous nous reposions et que nous cessions tout travail, même si la perte devait être grande. C’est une épreuve considérable pour l’homme, car pendant la semaine les affaires prospèrent et les bénéfices grimpent, alors que le Chabath, quand on ne travaille pas, le mauvais penchant vient essayer de nous convaincre de continuer malgré tout, et à ce moment-là le Chabath devient un fardeau et un tourment. Il faut donc beaucoup de foi et de confiance en Dieu pour l’observer. Or il ne faut pas oublier que toute la subsistance de l’homme lui est attribuée de Roch Hachanah jusqu’au jour de Kippour de l’année suivante, à l’exception des frais qu’il encourt en l’honneur de Chabath et des fêtes (Beitsah 16a, Vayikra Rabah 30, 1). Par conséquent celui qui ne travaille pas le Chabath ne perdra rien, et comme il a été décidé qu’il ne gagnerait rien pendant Chabath, s’il le fait tout de même c’est comme s’il volait l’Eternel, car il profite de l’écorce, qui ne contient pas de bénédiction. On doit donc faire attention pendant Chabath à ne pas avoir de pensées interdites concernant la subsistance, pour ne pas fauter, ainsi qu’il est écrit : « Celui qui observe le Chabath sans le profaner et garde son bras de faire quelque mal que ce soit » (Isaïe 56, 2).

Par conséquent, lorsque l’homme prend à cœur cette foi et cette confiance en D-ieu, cela lui permet d’observer le Chabath dans tous ses détails sans la moindre peine, et alors il pourra accomplir aussi la mitsvah du Chabath de la terre. Chaque semaine nous attendons la venue du Chabath, nous recevons une âme supplémentaire (Beitsah 16a), nous jouissons de la présence de Dieu, et nous oublions complètement nos inquiétudes financières. De même, quand arrive la septième année, nous devons nous en réjouir, et cela nous permettra de l’observer sans aucune difficulté. La Torah contient une allusion à cette idée : en sept ans, le nombre des Chabath est égal au nombre des jours d’une année entière (cinquante-deux fois sept), par conséquent si pendant sept ans il est possible d’observer le nombre de Chabath équivalent aux nombres de jours d’une année, il est tout aussi possible d’observer l’année entière dans ses moindres détails, car c’est elle qui les relie toutes. C’est le sens du verset : « La septième année sera un Chabath complet pour la terre » (Lévitique 25, 3), toute l’année sera comme un Chabath, elle comporte le même nombre de Chabath que le cycle entier.

Le lien entre la chemittah, la Torah et le Chabath est donc évident ; ils dépendent les uns des autres, car tous représentent pour l’homme une épreuve à surmonter, qui consiste à croire en D-ieu et Lui faire confiance, et alors Il lui accordera tout ce que désire son cœur, pour le bien. C’est cela le rapport entre le début de la parachah, qui parle de la chemittah, et sa fin (Lévitique 26, 2) : « vous observerez mes Chabath », car la chemittah et le Chabath sont une seule et même chose. On peut solliciter à ce propos le Or Ha’haïm sur ce verset. C’est ce qu’il écrit, et je me réjouis d’avoir exprimé la même idée : par le mérite de l’observance du Chabath, on parvient à respecter la mitsvah de chemittah.
 

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