
Une crainte faite d’amour
Car là où il y a de l’amour, il y a une réelle volonté d’accepter les règles et les exigences qu’il implique.

J’ai une proposition d’emploi pour vous : un travail apparemment simple, mais exigeant une disponibilité totale, jour et nuit.
On pourra vous appeler à tout moment ; vous devrez tout laisser tomber pour vous y consacrer, même en pleine nuit.
La durée ? Parfois cinq minutes, parfois cinq heures — rien de garanti.
Ah oui, un détail : il faudra s’occuper de choses pas très propres, ni très parfumées… Et le poste, bien sûr, n’est pas rémunéré.
Vous pensez sans doute qu’il n’y aurait aucun candidat pour un tel poste, n’est-ce pas ? Pourquoi quelqu’un accepterait-il un travail pareil, même bien payé, et à plus forte raison gratuitement ?
Pourtant, tout le monde se bat pour ce travail.
Ce travail : être parent, père ou mère. Tout le monde désire ce « poste » à cause de l’amour ! Nous aimons nos enfants plus que tout ; ils sont notre chair et notre vie. C’est pourquoi nous acceptons avec joie un système exigeant et épuisant qui bouleverse tout notre quotidien.
De même, la vie de couple impose des limites et semble restreindre notre liberté. Pourtant, chacun s’y engage volontiers — par amour. Car là où il y a de l’amour, il y a une réelle volonté d’accepter les règles et les exigences qu’il implique. Le fondement de notre lien avec le Créateur est comparé à celui d’un père avec son fils ou d’un homme avec sa femme. La lecture du Chéma Israël, s’appelle “l’acceptation du joug du Royaume des Cieux”. Par nature, accepter un joug n’est pas agréable : lorsqu’on accepte sur soi un système de lois et de limites, on ne fait plus ce qu’on veut, mais ce qu’on nous dicte. Cela contredit la nature humaine.
C’est ce que les livres saints appellent « l’avoda de yira » — un service divin par crainte. La yira (crainte) est une mesure de rigueur et de limitation. Servir HaChem avec yira signifie se restreindre, ne pas faire ce qu’on désire, mais annuler sa propre volonté devant celle du Créateur, le Donneur de la Torah.
Le service par la yira est très difficile sur le plan psychologique ; il est dur de se limiter, de restreindre son champ de choix, de renoncer à ses envies. Comment y parvenir ?
Ainsi maintenir la Crainte du Ciel et d’accepter le joug divin durablement, passe par le fait de renforcer l’amour.
Quand on aime vraiment HaChem, on accepte Son joug et Sa crainte avec joie et dévouement entier — au point que la crainte devient naturelle, née de l’amour Lui-même.
C’est pourquoi, après avoir proclamé « Chéma Israël », nous disons « Tu aimeras HaChem » : car seule l’amour permet d’accepter vraiment Son joug et d’atteindre une yirat chamayim sincère et durable.
C’est ce que sous-entend le verset au début de notre paracha :
« Voici les descendants d’Its’hak, fils d’Avraham : Avraham engendra Its’hak. »
La question saute aux yeux : quel rapport entre la première et la deuxième partie du verset ? Les “ descendants ” d’Its’hak sont ses enfants, Yaacov et Essav, et non “Avraham engendra Its’hak ”.
Les livres saints expliquent qu’Avraham incarne le ’hessed, la bonté et l’amour — comme il est dit : « Avraham, celui qui M’aime » — tandis qu’Its’hak représente la hayira, crainte — comme il est dit : « Pa’had Its’hak », “la crainte d’Its’hak ”.
Les « descendants d’Its’hak », ce sont ses bonnes actions, comme le dit Rachi sur le verset « Voici les descendants de Noa’h » : « Les véritables descendants des justes, ce sont leurs bonnes actions. »
Its’hak a servi HaChem toute sa vie par la Crainte. Quelle fut la source de sa puissance spirituelle ?
Its’hak atteignit la perfection parce qu’il était le fils d’Avraham, parce qu’il grandit dans une maison imprégnée d’amour divin, baignée d’amour d’HaChem, qu’il put servir le Créateur dans une Crainte totale.
Ce principe est réalisable pour chacun d’entre nous.
Vivre selon la Torah demande beaucoup de renoncement et d’annulation de soi devant la volonté divine.
Mais si tu aimes HaChem, ce n’est pas difficile ; c’est naturel, et évident.
En fait : si tu aimes vraiment HaChem tu peux vivre dans une véritable Crainte et la transmettre à tes enfants.
Mais quand tu ressens l’amour d’HaChem, tu L’aimes, tu acceptes joyeusement Sa Torah, Ses mitsvot et le joug de Sa royauté par amour.
L’amour d’HaChem est l’outil le plus puissant pour devenir fort, vaincre le yetser hara et grandir dans la crainte respectueuse.
Comme l’écrit Rabbi Na’hman dans le Likouté Moharan : « Il faut associer l’amour à la crainte… car la véritable force vient de l’amour. »
Nous découvrons ainsi un principe merveilleux qui rejoint tout le message que nous avons le mérite de transmettre à Israël : HaChem aime chaque Juif personnellement et ne lui fait que du bien.
Savoir qu’HaChem m’aime réveille en moi l’amour d’HaChem ; cela place au centre de la relation entre l’homme et le Créateur la mesure de l’amour : HaChem aime chaque Juif, et le Juif aime HaChem.
Nous avons souvent expliqué que cette conscience est le cœur même de la émouna.
Mais ici, nous voyons un nouvel aspect : quand l’amour d’HaChem est au centre, cela pousse l’homme à être plus pieux, plus rigoureux dans les mitsvot, et plus fort dans les épreuves — sans ressentir de contrainte ni de privation, mais au contraire dans une joie immense, le plaisir d’accomplir la volonté de Celui qui est notre Aimé suprême, le Créateur du monde.
Et c’est vrai : un père aime toujours ses enfants, quoi qu’ils fassent.
De même, HaChem nous aime indépendamment de nos actions, même après nos fautes, car un père aime toujours ses enfants. C’est vrai du côté d’HaChem, notre Père. Mais du nôtre, en tant qu’enfants, nous voulons réjouir notre Père, être de bons fils, Lui donner de la satisfaction, faire seulement ce qu’Il aime et désire — et bien sûr, nous ne voulons pas Lui causer de peine ni transgresser Sa volonté. Ainsi, notre amour pour notre Père céleste nous conduit naturellement à la crainte du Ciel, à la victoire sur le yetser hara, et à l’accomplissement des mitsvot et des bonnes actions.





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