
La foi En Sibérie glaciale
Nous avions deux consolations. La première : nous étions un groupe soudé et nous nous encouragions mutuellement. La deuxième : nous avions beaucoup de téfilines et de livres saints, y compris un rouleau d’Esther et des chofars.

Le Gaon R. Yankele Glinsky zatsal raconte : lors de la parasha Be’ha’alot’ha de l’année 5701 (1941), les Russes ont emmené une centaine d’étudiants de yeshiva, moi inclus, dans un train de marchandises en direction de Sibérie pendant un mois. Nous vivions dans l’obscurité totale. Nous ne savions pas alors que c’était notre miracle de salut, car le lendemain, les Allemands envahirent notre ville et tous nos amis furent emmenés dans des camps.
Nous avions deux consolations. La première : nous étions un groupe soudé et nous nous encouragions mutuellement. La deuxième : nous avions beaucoup de téfilines et de livres saints, y compris un rouleau d’Esther et des chofars. Nous pensions qu’avec cela, nous pourrions tenir dans l’enfer de la neige sibérienne.
Le dimanche, nous arrivâmes au camp, où tous nos livres, nos téfilines et objets sacrés furent confisqués et brûlés devant nos yeux !
On ne peut décrire le désespoir, le choc, la panique. Que faire sans livres ? Comment survivre sans téfilines ? Nous étions perdus.
Mais même à Novardok, il n’y a pas de désespoir. Dès le soir, après un travail épuisant, nous nous rassemblâmes pour le « Comité de Renforcement » dans un coin sombre du camp. Horrible à imaginer ce qui nous serait arrivé si nous avions été découverts ! Nous postâmes des guetteurs et toute personne voulant parler n’avait droit qu’à une minute et demie !
Parmi ceux qui parlèrent, je me souviens de R. Hertzl Dorogotzhiner zatsal, qui dit en 1 min 30 :
« Le prophète dit : “Que dira Yaacov et parlera Israël, mes voies sont cachées au Seigneur et mes jugements à mon D.ieu ; n’as-tu pas su que le Saint, béni soit-Il, créateur des extrémités de la terre, ne se fatigue ni ne s’épuise ? Sa sagesse est insondable.”
Une grande question : un homme pense que D.ieu lui a caché Son visage, et on lui répond ? Que le Seigneur a créé le monde ? Comment cela le console-t-il ?
La réponse : celui qui souffre, en plus de la souffrance actuelle, craint que cela continue sans fin. Il pourrait sombrer dans le désespoir, croyant que, comme D.ieu est infini, ses épreuves sont infinies.
On lui dit : certes, « D.ieu du monde » est infini, mais « créateur des extrémités de la terre » a créé le monde dans des limites, et tout a une fin. Comme Il met fin aux souffrances qu’Il inflige, il y a aussi une sortie de l’obscurité vers la lumière.
C’est pourquoi nous disons dans la Haggadah : « Béni soit Celui qui garde sa promesse… car D.ieu a fixé la fin ». Chaque mal a un moment précis, et juste après ce moment, il n’y a plus d’extension possible.
Le peuple d’Israël était destiné à des années d’esclavage en Égypte. Quand D.ieu décida qu’elles étaient terminées, ils durent partir immédiatement, même si la pâte n’était pas assez fermentée pour de nouvelles miches. Tout est précisément mesuré selon les besoins et la capacité de l’homme.
Cette prise de paroles les encouragea et ils traversèrent cette période difficile avec une foi inébranlable !

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