
Qui es-tu, Yehochoua ben Noun ?
Le peuple entre en guerre. Il doit affronter des géants, des villes fortifiées, de longues années de combats et de conquêtes. Puis viendront encore de longues années de construction et de développement : bâtir un État à partir de rien.

Le pays est sous le choc : le Premier ministre vient de nommer son assistant personnel, conseiller en communication, au poste de chef d’état-major !
Les journaux crient au scandale : « Stupeur ! Décision insensée ! »
Comment confier toute une armée, en pleine guerre, à un jeune homme inconnu, sans expérience militaire ni de commandement ?
Et pourtant, ce scénario apparemment absurde ressemble précisément à ce qui se déroule dans notre paracha.
Moché Rabbénou, homme de D.ieu, libérateur d’Israël, maître de la Torah et guide du peuple dans le désert comme sur les champs de bataille, est irremplaçable.
À l’heure de quitter ce monde, il implore HaChem de désigner un successeur capable de conduire Israël à la conquête de la Terre promise.
Les candidats ne manquent pas, des chefs des tribus jusqu’aux fils de Moché. Pourtant, HaChem choisit Yehochoua ben Noun.
Connu comme le fidèle serviteur de Moché, toujours à ses côtés, pouvait-il vraiment devenir le dirigeant de toute une nation ?
HaChem répond dans le Midrach : Yehochoua a servi Moché avec dévouement total, arrivant le premier et partant le dernier, préparant la maison d’étude et honorant son maître. Son mérite ne sera pas perdu : puisqu’il a servi fidèlement, il servira aussi Israël.
L’humilité de Yehochoua est grande, mais Israël n’entre pas dans une terre paisible et confortable : il entre dans une réalité de conquête et de défis.
Le peuple entre en guerre.
Il doit affronter des géants, des villes fortifiées, de longues années de combats et de conquêtes. Puis viendront encore de longues années de construction et de développement : bâtir un État à partir de rien.
Pour une telle mission, il faut les compétences d’un grand stratège et d’un véritable chef.
Comment celui qui arrange les bancs de la maison d’étude, aussi talentueux et humble soit-il, pourrait-il relever un tel défi ?
Un de mes élèves m’a proposé une explication qui m’a beaucoup plu.
Et si, en réalité, nous ne connaissions pas vraiment Yehochoua ben Noun ?
Selon lui Yehochoua occupait déjà une position dirigeante très importante en Égypte.
Nous l’avons peut-être oublié, mais Yehochoua n’était absolument pas un novice.
Il avait déjà commandé la première guerre d’Israël, quarante ans avant d’être nommé successeur de Moché.
À peine sortis d’Égypte, les Israélites, épuisés et sans formation militaire, sont attaqués par Amalek. Et c’est à ce moment que Moché confie le combat à Yehochoua.
Pourquoi lui ?
Yehochoua possédait donc déjà des qualités de chef et peut-être des compétences militaires héritées de l’Égypte.
Issu de la tribu d’Éphraïm, descendant de Yossef, il bénéficiait d’un héritage de direction et de gouvernement. Il était aussi le petit-fils d’Élichama ben Amihoud, prince de sa tribu.
Enfin, lors de l’épisode des explorateurs, Yehochoua est déjà compté parmi les « chefs des enfants d’Israël ».
Les descendants d’Éphraïm portaient déjà une conscience de responsabilité nationale et militaire en Égypte.
Selon certaines opinions, ils n’auraient pas été asservis comme les autres tribus, ce qui expliquerait leurs tentatives de sortie anticipée pour se préparer au combat.
Cette lecture éclaire la guerre contre Amalek. Moché dit à Yehochoua : « Choisis-nous des hommes et combats Amalek ».
Pourquoi Yehochoua, qui n’avait jamais mentionné auparavant ? Et pourquoi « choisis-nous » ? Rachi explique : Moché l’a placé à son propre niveau.
Selon l’explication proposée ici, les paroles doivent être comprises dans leur sens le plus simple.
Ainsi, dès la guerre contre Amalek, Yehochoua apparaît comme un chef naturel, militaire et politique.
C’est pourquoi HaChem ordonne déjà à Moché : « Écris cela en souvenir et fais-le entendre à Yehochoua. »
Pourquoi lui en particulier ?
Parce qu’au terme du long voyage dans le désert, c’est lui qui devra conquérir la Terre d’Israël et la purifier des peuples de Canaan ainsi que de la descendance d’Amalek.
Le véritable sens de l’humilité
À la lumière de cette approche, l’humilité de Yehochoua prend une dimension plus profonde.
Il n’était pas un simple jeune assistant sans expérience, mais un dirigeant de grande stature qui, malgré sa grandeur, savait s’effacer devant Moché Rabbénou.
Voilà ce qu’est la véritable humilité.
Dès lors, le choix de Yehochoua ne négligeait absolument pas la nécessité de désigner un homme compétent.
Bien au contraire.
Personne n’était plus qualifié que lui.
Et, par-dessus toutes ses qualités, il possédait l’humilité, vertu indispensable à tout dirigeant de cette envergure, et plus encore lorsqu’il s’agit du peuple d’Israël.
Rabbi Nathan de Breslev, le principal disciple de Rabbénou Na’hman, est souvent comparé à Yehochoua ben Noun.
Les ‘hassidim soulignent constamment que Rabbi Nathan n’était pas, à D.ieu ne plaise, un simple jeune homme perdu à la recherche de lui-même.
Dès son plus jeune âge, il était reconnu comme destiné à devenir l’un des plus grands maîtres de sa génération, tant par son érudition que par sa sainteté. C’est précisément en comprenant cela que l’on peut mesurer la grandeur de son effacement devant Rabbénou : il avait quelque chose à effacer.
Il était lui-même un géant, et pourtant il savait se faire tout petit devant le véritable géant. Il en allait assurément de même pour le grand Yehochoua ben Noun. Et c’est pour cette raison que son effacement devant Moché est si impressionnant. Le message pour chacun, du plus petit au plus grand, est clair : Même si tu es grand, talentueux, et même si tu es un grand Rav, tu dois savoir courber la tête devant ceux qui sont plus grands que toi. Non seulement cela ne diminue en rien ta valeur, mais c’est précisément cela qui constitue la véritable grandeur.
Pour nous, l’humilité et l’effacement ne sont pas simplement une qualité supplémentaire ; ils relèvent du bon sens et d’une nécessité fondamentale.
C’est pourquoi nous devons nous attacher aux tsadikim avec simplicité et sincérité, marcher sur leurs traces, boire leurs paroles avec avidité, accomplir tout ce qu’ils nous enseignent, qu’il s’agisse de grandes ou de petites choses.
C’est uniquement ainsi que nous mériterons de grandir, de nous élever et de réussir véritablement dans la vie.





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