On se calme !

Prendre conscience que nous ne savons pas ce que sont réellement le bien et le mal est l'aspect essentiel de la fête de Pourim...

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David-Yits'haq Trauttman

Posté sur 28.02.10

14 adar 5770 – 28 février 2010

Nous vivons tous sur les nerfs. Les raisons de notre énervement constant sont multiples et chacun d'entre nous sait avec précision quelles sont les personnes, les faits ou les situations qui l'irritent au plus haut point. Les thèmes que je cite ci-dessous sont les plus habituels, mais chaque lecteur pourra y rajouter ceux qui lui sont propres.
 
Les relations de couple. Nous demandons tous la même chose : un conjoint qui se comporte à peu près d'une façon normale. Nous sommes conscients de nos efforts en ne demandant pas un conjoint parfait. Pourtant, même en ayant ces demandes minimales, il nous semble souvent que celui ou celle qui partage notre vie est l'empêcheur de tourner en rond.
 
« Vous ne savez pas ce que mon mari m'a dit ?! » ; « Vous ne devinerez jamais ce que m'a fait ma femme ?! » ; « Pour quelle raison ne peut-il pas faire simplement ce que je lui demande ?! » ; « Est-ce trop demandé que de ne pas vouloir vivre dans une maison tellement désordonnée ?! » La liste est sans fin des reproches à celui ou celle qui partage notre toit.
 
L'éducation de nos enfants. Il fut un temps où les enfants écoutaient leurs parents. Ensuite, vint le temps où les parents parlaient aux murs. Nous vivons maintenant l'époque où nos enfants nous reprochent de leur parler ! « Tu m'empêches de m'épanouir ! » ; « Que fais-tu de la liberté d'expression ?! » ; « N'ai-je pas moi aussi le droit d'être heureux ?! »
 
Tout cela nous tombe dessus, même si nous faisons gentiment remarquer à notre fille qu'une semaine sans douches est peut-être la limite que les nez fragiles des membres de la famille peuvent supporter. Également, il vous suffit de pointer du doigt à votre fils qu'avoir mangé – dix minutes avant l'entrée de Chabath – tout le gâteau que votre femme avait préparé pour cette occasion n'est sans doute pas la meilleure des choses, pour penser immédiatement – en voyant son visage surpris – que c'est VOUS qui êtes le problème !
 
Au bureau, l'ambiance qui règne, le nombre toujours plus grand de tâches qu'on vous demande d'exécuter et le regard peu sympathique que votre patron a à votre égard vous ont amenés – il y a déjà bien longtemps – à envier la situation qu'était celle des juifs en Égypte ! Vous ne prétendez sans doute pas être un employé modèle, mais vous aimeriez tant qu'on vous adresse la parole avec un minimum de respect et qu'on apprécie – au moins de temps en temps – le travail que vous faites. Pourtant, tout cela est hors d'atteinte et la situation s'aggrave jour après jour.
 
À la banque, vous avez abandonné l'espoir d'établir des relations amicales avec le directeur de votre agence. Certes, vous êtes le premier à admettre que vos découverts incessants ne font pas de vous le meilleur client. Pourtant, il vous semble qu'avec un minimum d'efforts, le directeur pourrait comprendre votre situation. Son manque de volonté à vous aider dans les situations difficiles possède le don de vous énerver. Bien des fois, vous avez pensé que vous et lui ne parliez décidément pas la même langue !
 
La suite des sujets que je pourrais aborder est longue. Tous possèdent un point commun : celui de mettre nos nerfs à l'épreuve et de faire ressembler notre vie à un bateau en pleine tempête. Souvent, cette situation entraîne des conséquences encore plus délicates : angoisses, stress, tranquillisants, hospitalisation… que D-ieu nous protège.
 
Lorsque l'absence de tranquillité d'esprit atteint une mère de famille, ce sont ses enfants qui sont les premiers touchés. Une maman tendue, irritable est réellement malade et ses enfants savent très bien que « quelque chose ne tourne pas rond avec maman. » Lorsqu'il s'agit du père, c'est le plus souvent l'aspect financier de la famille qui est touché. Bien sûr, dans ce cas aussi les enfants souffrent : un père est irremplaçable et le manque affectif dont peuvent en souffrir les enfants ne s'efface jamais, même après un nombre important d'années.
 
Un scénario fait sur mesure
 
Avec tous ces tracas, notre vie n'en est pas une. Pourtant, Hachem désire que nous soyons heureux, souriants et détendus. On comprend sans mal la distance qui sépare la majorité d'entre nous de la situation idéale, c'est-à-dire celle où nous avons la joie au cœur. Ainsi, la question se pose : que devons-nous faire ou changer pour parvenir à ce bonheur qui semble s'éloigner de nous un peu plus chaque jour ?
 
La réponse est plus simple que nous pourrions le penser. À l'image du sablier qui nous aide à contrôler la durée de cuisson des œufs, nous devons inverser notre vision de la vie. Plutôt que d'avoir une définition précise du bonheur et de la projeter sur les évènements de notre vie, nous devons faire le point de ce qui fait notre quotidien et en faire la définition du bonheur. Je vous l'accorde : cela est plus facile à dire qu'à faire.
 
Notre problème est double : nous sommes orgueilleux et nous oublions D-ieu. Sous bien des aspects, ce double problème en n'est qu'un. Si nous pensions un peu moins à nous et un peu plus à Hachem, le ciel s'éclaircirait plus souvent qu'à l'accoutumée. Dit autrement, en voulant nous séparer de la Sainteté, nous en payons le coût et celui-ci est élevé. Partant, nous devons faire tous les efforts possibles et imaginables afin de nous rapprocher de notre Racine sainte et de recouvrer un minimum de yichouv hada'ath (tranquillité d'esprit.)
 
Nous faisons preuve d'orgueil lorsque nous décidons pour nous-mêmes ce qu'est le bonheur. Cela ressemble à un patient qui a déjà écrit son ordonnance avant d'aller voir le médecin ! Qu'elle idée de renverser les rôles et de s'octroyer des pouvoirs qui ne sont pas les siens !
 
Nous oublions D-ieu et que c'est Lui qui met tout en place dans ce monde pour nous faciliter notre rapprochement du Divin. Si nous pensions un peu plus au Créateur, nous percevrions assez souvent le chemin qu'il nous faut prendre pour toucher le bonheur et réaliser que le Paradis peut également se trouver ici-bas.
 
Afin de mieux comprendre cette idée, une analogie peut être utile. Un père dit à son fils que les bonbons ne sont pas très bons pour la santé ; l'enfant répond que d'après lui, il n'existe rien de meilleur au monde. Les deux ne peuvent pas se comprendre : en prononçant ses mots, le père pense aux caries ; d'autre part, l'enfant pense au goût plaisant des sucreries au miel. Parce qu'ils ne partagent pas la même intention, le père et l'enfant ne peuvent pas s'entendre.
 
Lorsque D-ieu pense au rapprochement, nous pensons aux plaisirs temporels de ce monde. Lorsqu'Hachem veut nous faire goûter aux plaisirs intemporels, nous désirons goûter à ceux du jour. Aussi longtemps que nous ne partageons pas l'intention de D-ieu, notre vie reste remplie de souffrances et d'inquiétudes.
 
Si nous faisions preuve d'une plus grande modestie, nous pourrions admettre que nos définitions du bien et du mal peuvent être biaisées. Nous dépendons trop du temporel et de l'inaccessible à l'entendement humain pour parvenir à définir le bien et le mal ultimes. En accordant une plus grande confiance au Maître du monde, nous nous ouvrons à une nouvelle dimension : celle qui nous permet de sentir la futilité de ce monde et l'absurdité des plaisirs passagers.
 
Prendre conscience que nous ne savons pas ce que sont réellement le bien et le mal est l'aspect essentiel de la fête de Pourim. S'il y a bien un jour dans l'année où nous devons l'admettre, c'est aujourd'hui !
 
La joie véritable de Pourim est celle où nous mettons notre vie entre les mains d'Hachem en Lui disant : « Je ne sais rien ! Je ne connais rien ! Je Te fais entièrement confiance pour m'envoyer du Ciel le bien ultime et c'est chaque seconde de la vie que je louerai Ton Nom. Puisses-Tu me garder chaque jour de ma vie sous Tes ailes protectrices et me faire connaître le plaisir ultime : celui de me sentir dans Ta proximité. »
 
Puissions-nous vivre un jour de Pourim semblable et étendre cette joie à chaque jour de l'année. Amen !
 
Vous êtes cordialement invités à lire les billets du jour sur le blog de David-Yits'haq Trauttman à www.davidtrauttman.com/

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