La médisance et la foi

Nous en resterons à ceci : sache que la gravité de la haine gratuite est équivalente à celle de l’idolâtrie, des unions prohibées et du meurtre...

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Gilbert Issard

Posté sur 06.04.21

Dieu a besoin de l’homme pour achever la création

 
Pour le 'Hafetz 'Hayim, la rédemption ne dépend pas que de D-ieu, mais également de l’attitude des juifs. D-ieu est Tout Puissant, mais Il a fait de facto de l’homme en général – et du juif en particulier – un partenaire dans la création et le déroulement du cours de l’histoire. Pour que les temps messianiques et la rédemption se réalisent, D-ieu a besoin que le juif soit à la hauteur de ses responsabilités et des engagements qu’il a pris lors du don de la Tora – en haut du mont Sinaï – exprimés par un verset abondamment commenté “nous ferons et nous comprendrons !”.
 
La sainteté ne se donne pas de façon immédiate et son accès nécessite un engagement et un travail de la part du sujet. Il n’y a sainteté et accomplissement pour le peuple juif que lorsque les différents aspects de la sainteté sont mis en œuvre. Ce n’est que par la mise en œuvre exhaustive et quotidienne de la halakha que la sainteté peut s’incarner et exister réellement.
 
Le juif n’est complètement juif pour l’auteur, que s’il s’engage à accepter le “joug des Cieux” selon l’expression hébraïque classique. Faire entrer la question de la médisance dans le domaine de la halakha lui donne automatiquement un statut de condition de réalisation de la rédemption. De même sur un plan laïc, l’accession à l’éthique est toujours possible pour quiconque en prend la décision. Celle-ci ne dépend que de chacun, indépendamment du contenu positif de l’éthique.
 
Quel que soit le système moral – et sa perfection – sa mise en œuvre présuppose une décision libre, purement humaine. La volonté morale précède l’acte moral. Donner une morale, aussi achevée et parfaite soit elle ne suffit pas ; son acceptation par l’individu, qui décide ainsi de se constituer en sujet, doit la compléter. Une morale doit être vécue pour être effective et réelle.
 
La progressive déréliction du peuple juif depuis David
 
L’histoire du peuple juif – depuis l’apogée des règnes des rois David et Chlomo (Salomon) – est faite de destructions, d’exil et de déréliction. Chlomo a construit le Temple, mais ses fils s’entre déchirent. Le livre biblique des Rois en témoigne. Le royaume du nord se sépare de celui du sud. Les rois d’Israël au nord rassemblent les 10 douzièmes du peuple juif. Jérusalem reste à la tribu de Yehouda (Juda) à laquelle s’allie celle de Benyamin (Benjamin).
 
En 722 avant EC, le royaume d’Israël, au nord, tombe aux mains des assyriens et ses tribus anéanties. En 587 avant EC, le premier Temple est détruit et l’essentiel du peuple d’Israël déporté en Babylonie. L’ère de la royauté juive en Terre d’Israël constitue une sorte d’age d’or aux yeux de la tradition rabbinique.
 
Le Temple de Jérusalem – lieu des sacrifices et du Culte divin – constitue la preuve de l’accord entre D-ieu et son peuple. Le Temple fut construit sur Ordre divin, aussi représente t-il le lieu de contact entre le Divin et l’humain, ainsi que l’aboutissement de l’histoire d’Israël. Sa destruction, l’exil à Babylone, marquent un éloignement de D-ieu et sont interprétés religieusement comme une régression. Le Temple fut reconstruit – les livres bibliques d’Esdras et Néhémie – le relatent, et la loi deutéronomique restaurée en Terre d’Israël.
 
Cette reconstruction, même si elle marque un retour en grâce du peuple juif auprès de son D-ieu, inaugure une période considérée comme inférieure à celle du royaume des rois David et Chlomo. La preuve en est pour l’auteur, que 5 choses présentes dans le premier Temple, ne le furent plus dans le deuxième. Le 'Hafetz 'Hayim s’appuie ici – sans le détailler – sur le Talmud qui détaille et discute la liste de ces 5 manques. Peu importe au fond de connaître ces 5 choses ; ce qui compte, en revanche, c’est de voir à quel point il y a là la preuve d’une infériorité de l’ère du deuxième Temple par rapport à celle du premier.
 
Rédemption et respect de la halakha
 
Malgré tout, le peuple juif était en Terre sainte. Il disposait du Temple. De ce fait, tout juif pouvait accomplir toutes les obligations de la loi juive, sans même compter toutes celles relatives au Temple. À cet égard, il faut garder en tête que le 'Hafetz 'Hayim insistait sur l’étude des lois relatives au culte sacrificielle et la certitude qu’il est nécessaire d’en conserver la connaissance de génération en génération afin que toute la Tora puisse être mise en acte lors de la venue du Messie.
 
Pour le 'Hafetz 'Hayim, accomplir toute la Tora est nécessaire à l’accomplissement de l'Oeuvre  divine, ou tout au moins fait partie des responsabilités qui incombent aux juifs et dont il ne saurait se dérober sous peine de faillir à sa vocation et faire échouer le Projet divin. La dégradation ne s’est pas arrêtée à ce stade, puisque le Temple n’existe plus depuis 70 EC. Depuis cette date, tout le peuple juif vit en exil. De la sorte, le 'Hafetz 'Hayim interprète la condition très difficile des juifs de l’Est comme la continuation et la suite de la déchéance amorcée avec la destruction du premier Temple.
 
Ici, affleurent les conceptions mystiques de la place de la Tora dans l’économie de la création et son rôle dans l’accomplissement de l’homme.
 
Le 'Hafetz 'Hayim cite un ouvrage majeur de la tradition mystique juive – “Les portes de la sainteté” de 'Hayim Vital – qui fut le principal disciple du Arizal, l’un des plus grands kabbalistes. Le Arizal n’écrivit aucun ouvrage et dispensa son enseignement sous forme orale uniquement. 'Hayim Vital le mit par écrit. “Les portes de la sainteté” fait partie de la tradition des textes éthiques de la kabbale et reste l’un des ouvrages majeurs de ce genre, qui fait partie des textes classiques encore étudiés et médités par les kabbalistes et juifs mystiques.
 
Ce court traité détaille les façons de progresser sur un plan individuel pour se rapprocher de D-ieu. Il faisait autorité – et fait encore autorité dans certains milieux religieux – en matière de conception de la structure de l’homme et des conditions de son accomplissement. 'Hayim Vital établit une correspondance entre les obligations de la halakha, qui sont traditionnellement au nombre de 613, et les parties du corps humain. À chaque partie du corps correspond une des 613 obligations.
 
Puisque l’accomplissement de l’homme passe par l’épanouissement de chacune de ses parties, il passe par l’accomplissement des 613 mitswoth (commandements). Pour aller jusqu’au bout du raisonnement, l’accomplissement de toutes les mitswoth ne peut se faire qu’en Terre d’Israël et donc, l’accomplissement de toute la personne ne peut se réaliser qu’en Terre Promise.
 
Or le 'Hafetz 'Hayim, la vie en Terre d’Israël n’est possible que sous l’autorité du Roi Messie qui viendra rassembler les juifs dispersés sur la surface de la terre. Pour cette raison, il est impératif que tous œuvrent à la venue du Messie ; tel est le sens de la foi du 'Hafetz 'Hayim.
  
La foi juive comme confiance
 
La foi juive (emouna) doit d’abord et avant tout s’entendre dans le sens de confiance dans la justice et l’Amour divin. Le contraire de la négation de D-ieu est la foi. Mais de même que nous constatons que la première n’est pas négation de l’existence de D-ieu mais rejet de Sa providence, de même la croyance en D-ieu n’est pas seulement reconnaissance de Son existence mais confiance en Lui.
 
Avoir foi en D-ieu, signifie avoir confiance en Sa parole et en particulier en la venue de la rédemption promise. Ainsi, le 'Hafetz 'Hayim ne doute pas que si le peuple juif tient sa parole en respectant la Tora et ses obligations, D-ieu tiendra la Sienne en mettant fin à l’exil et l’oppression (…)
 
Médisance et histoire juive
  
À la fin de la période du 2ième Temple, la haine gratuite et la médisance s’étaient développées entre nous, parmi nos nombreux péchés. À cause de cela, le Temple fut détruit et nous avons été exilés de notre terre, ainsi qu’il est expliqué dans le traité du Talmud de Babylone Yoma 9a et dans le Talmud de Jérusalem au chapitre 1 (loi 1) du traité Yoma. [Certes la Guemara s’en prend essentiellement à la haine gratuite, mais elle vise la médisance ; en effet celle ci apparaît aux cotés de la haine gratuite, car s’il n’en était pas ainsi, ils n’auraient pas été autant punis.
 
Et nous en resterons à ceci : sache que la gravité de la haine gratuite est équivalente à celle de l’idolâtrie, des unions prohibées et du meurtre et cela nous le trouvons dans le traité talmudique Arakhin 15 : “C’est du même niveau que la médisance.” Le passage de Yoma que nous avons cité le démontre également ainsi que nous l’avons écrit et également “dans le premier Temple… ils poignardent leur prochain etc.” au même endroit.]
 
Dès lors – et jusqu’à maintenant – chaque jour nous attendons avec espoir et prions devant le Saint Béni Soit-Il qu’Il nous rapproche de Lui comme Il nous en a assurés dans sa sainte Tora et par l’intermédiaire de Ses prophètes à maintes reprises et notre prière n’est pas reçue devant Lui, ainsi que l’ont dit nos Sages de mémoire bénie dans le traité du Talmud Berakhoth 32a : “À partir du jour où a été détruit le Temple, une muraille de fer a séparé Israël de son Père qui est dans les Cieux.”
 
En vérité, cela ne dépend pas de Lui – à D-ieu ne plaise – mais de nous, car de Son coté rien n’est impossible – à D-ieu ne plaise – ainsi qu’il est écrit (Isaïe 49 : 1-2) : “Ainsi, elle n’est pas trop courte, la main de l’Eternel pour libérer et pas dure l’oreille pour entendre si ce n’est pour leurs péchés etc.”. Et au temps de Rabbi Yehochou'a ben Levi on trouve dans la Guemara Sanhedrin 98b : “Qu’il nous ramène à Lui, qu'aujourd’hui – si ma voix est entendue – vienne le Messie, alors même que n’est pas encore terminé le temps de l’exil qui pèse sur Israël, qui sera 1000 ans en exil suivant la durée du jour pour le Saint Béni Soit Il.” 
 
Ainsi que nous le trouvons dans les propos de nos Sages de mémoire bénie (Zohar, section Éxode).
 
Malgré tout, la force du repentir annule la sentence. Qu’il en soit ainsi de nos jours, car cela fait plus de 800 ans que s’est achevé le jour rappelé ci-dessus. La raison réside uniquement de notre coté. À cause de nos nombreuses fautes, nous ne Lui permettons pas de replacer sa Chekhina parmi nous.
 
À suivre…
 
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