La joie… derrière les barreaux !

Leur fils faisait partie des prisonniers. Les conditions de vie semblaient venir du moyen-âge. Quel monde différent de la maison dans laquelle régnait une ambiance d'amour...

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David-Yits'haq Trauttman

Posté sur 21.03.10

nissan 5770 – 21 mars 2010

On me pose souvent la question suivante : « Doit-on forcément étudier l'enseignement de Rabbi Na'hman de Breslev afin de servir d'une façon correcte le Maître du monde ? » La façon dont je réponds est presque toujours la même : « Non, mais cela nous aide énormément. » Si l'on désire comprendre le sens réel de la réponse, il faut comprendre avant tout celui de la question. Cela n'est pas toujours le cas.
 
Servir Hachem : c'est quoi ?
 
Que signifie l'expression : « servir Hachem » ? Si l'on commet l'erreur de penser que l'essentiel consiste à ne pas enfreindre les lois juives, il est difficile d'imaginer l'avantage substantiel d'étudier les livres de Rabbi Na'hman. De fait, s'il s'agit principalement d'apprendre quelle bénédiction doit être récitée avant de consommer un aliment particulier ou les lois de la kacheroute, le Choul'han 'Aroukh est plus utile que Rabbi Na'hman.
 
Cependant, si l'on réalise que le respect des lois juives est un objectif relatif, tandis qu'il existe un objectif absolu et indispensable pour établir une relation saine avec le Créateur, Rabbi Na'hman devient rapidement un passage obligé dans notre rapprochement avec le Divin.
 
Nos erreurs s'expliquent le plus souvent par l'état confus de notre esprit. Un mari qui n'a pas conscience qu'au-delà de ses défauts et imperfections, l'élément crucial de sa relation avec sa femme est l'amour véritable qu'il lui voue, ne peut pas devenir un mari modèle. D'autre part, s'il aime sa femme d'une façon honnête et sincère, ses erreurs de parcours seront plus facilement pardonnées car elles seront prises pour ce qu'elles sont : la révélation de son état humain et donc de faiblesse. En la matière, le plus important consiste à savoir où se situe notre cœur.
 
Le cœur est le siège de nos désirs ; c'est lui qui nous motive à aller de l'avant dans notre vie et qui nous fait poursuivre les objectifs les plus saints… ou les autres, qu'à D-ieu ne plaise. La personne qui brûle d'envie de servir Hachem et qui pleure devant ses propres fautes et bêtises est aimée du Créateur. Le feu qui réside en son cœur est la meilleure garantie pour que ses fautes cessent un jour ou l'autre.
 
De plus, nous ne devons pas oublier l'existence des forces du mal dont l'objectif est de nous faire chuter spirituellement et de nous éloigner du Divin, que D-ieu nous préserve. Ces forces ne perdent aucune occasion pour révéler notre fragilité et nous faire engager dans une voie dénuée de Sainteté et de Présence divine.
 
Ainsi, face aux épreuves de la vie, nous devons posséder une force gigantesque pour rester coller à D-ieu. Si nous n'avons pas cette force intérieure, c'est une vague destructrice qui risque bel et bien de nous emporter, qu'à D-ieu ne plaise. C'est précisément pour lutter contre cette vague que Rabbi Na'hman est un apport unique.
 
La vie apporte son lot quotidien de défis à relever et de difficultés de toutes sortes. Lorsque nous sentons notre moral atteint, cela ne signifie pas que nous avons oublié quelle bénédiction prononcer avant de consommer un aliment particulier. Plutôt, nous ne sentons plus la présence d'Hachem à nos côtés et soudainement, le sol sur lequel nous marchons semble s'être transformé en sables mouvants. Afin d'apporter un aspect concret à cette idée, une histoire véritable peut être utile
 
Un endroit peu avenant
 
L'histoire est celle de parents qui ont sacrifié leurs économies afin d'envoyer leur fils unique étudier dans une des meilleures yéchivoth de Jérusalem. Cependant, en quelques mois, le fils sombra dans une situation de grande détresse et il se laissa tenter par des voies interdites. Un beau jour, c'est en prison qu'il se retrouva. L'ancien élève de yéchiva avait laissé la place à un voyou de grands chemins et l'optimisme des parents avait disparu pour faire naître un sentiment de désolation totale.
 
 
N'habitant pas en Israël, les parents durent attendre près d'une année avant de pouvoir faire le voyage et rendre visite à leur fils. Lorsqu'ils purent enfin le faire, ce qu'ils virent fut un véritable choc. Placé dans un établissement pénitencier, leur fils faisait partie des quelques centaines de prisonniers qui y résidaient. Dans cette prison, on ne relevait aucun signe extérieur habituel de judaïsme et on aurait pu se croire dans une prison américaine, française…
 
Les conditions de vie qui étaient imposées aux prisonniers – et à leur fils – semblaient venir du moyen-âge. Quel monde différent de la maison d'enfance dans laquelle régnait une ambiance d'amour et d'affection ! Ne parlant presque pas l'hébreu, les parents eurent les plus grandes difficultés à communiquer avec le personnel pénitencier. Logiquement, l'accueil qui leur fut réservé fut glacial et peu agréable : qui avait le temps d'expliquer dix fois la même chose à deux personnes qui semblaient ne rien comprendre ?
 
Après avoir parlé une demie heure à leur fils, les parents n'eurent pas les forces de partir immédiatement de cet endroit maléfique. Ils durent s'asseoir quelques instants dans une salle d'accueil afin de recouvrer un peu de force pour entreprendre le voyage de retour vers leur chambre d'hôtel de Jérusalem. C'est à cet instant que le couple remarqua deux autres parents qui se trouvaient-là certainement pour les mêmes raisons qu'eux. Ce qui frappa le couple fut la tenue vestimentaire de ces personnes : il s'agissait de personnes religieuses ; de plus, la sérénité et le sourire se lisaient sur leurs visages.
 
« Excusez-moi » commença la mère dans un hébreu approximatif, « puis-je vous poser une question ? » « Certainement » répondit avec le sourire l'autre mère. Très rapidement, le couple souriant compris que l'hébreu n'était pas la langue maternelle des deux parents effondrés et le dialogue se poursuivit en anglais, ce qui apaisa considérablement le pauvre couple. 
 
La mère attristée désirait savoir si ce couple était présent dans cet établissement pour les mêmes raisons qu'eux et, dans ce cas, qu'elle était le secret de leur sérénité apparente. Effectivement, le couple avait également un de leur fils emprisonné et son avenir s'annonçait peu enviable. La mère ne put retenir plus longtemps la question : « Comment faites-vous pour sourire et sembler reposés ? Mon mari et moi somme effondrés et prononcer un seul mot nous demande chaque fois des forces inhumaines ! »
 
Un secret partagé avec joie
 
Mis à l'épreuve, le couple étranger paraissait à la dérive. Leur vitalité les avait quittés et ils ressemblaient à deux pantins dont on ne voyait pas les fils qui les retenaient. Les années d'étude de Tora du père s'étaient volatilisées, tout comme les centaines de fois où la mère avait récité le livre des Psaumes durant sa vie. Faire le lien entre ce qu'ils savaient et ce qu'ils vivaient était trop leur demander.
 
C'est précisément cette faculté que possédait le couple souriant et serein. Certes, ce que le père avait appris dans sa vie ressemblait à ce qu'avait appris le père atterré : Talmud, Choul'han 'Aroukh, moussar… Également, la mère détendue n'avait pas récité les Téhilim plus souvent que l'autre. Cependant, ce couple possédait un enseignement qui les aidait considérablement à faire face à l'adversité et à trouver des raisons d'être joyeux, au-delà des apparences de la vie quotidienne.
 
Cet enseignement est celui de Rabbi Na'hman de Breslev et de ses élèves. Si la Tora que nous apprenons chaque jour ne peut pas nous servir dans les difficultés inhérentes de vie, à quoi sert-elle ? Si aux premières attaques des forces du mal nous sombrons dans l'angoisse, le stress ou le désespoir, quelles différences possédons-nous avec les personnes qui n'étudient pas ? Enfin, si nous ne voyons pas la présence d'Hachem à nos côtés – à chaque instant et dans tous les endroits – qui sommes-nous ?
 
Étudier les écrits de Rabbi Na'hman et de ses élèves permet de tenir plus facilement le gouvernail de notre vie. Bousculés par les tempêtes et les affres de la vie moderne, nous puisons une source intarissable de conseils irremplaçables. En leur absence, nous ressemblons à un grand arbre qui possède des racines fragiles : aux premiers vents, il s'effondre. Peu importe si notre étude et notre confiance nous donnent l'aspect de grandes et majestueuses forteresses : les forces de la mort savent qu'en s'y mettant sérieusement, elles peuvent nous faire tomber lorsqu'elles le désirent.
 
Tout ceci fut le secret que partagea le couple serein avec l'autre. Leur application à suivre l'enseignement de Rabbi Na'hman leur permettait de faire face à l'épreuve terrible qu'il vivait. Cela n'était pas facile, mais les deux parents étaient conscients qu'ils détenaient entre leurs mains les outils nécessaires pour relever le défi et affronter les pires secousses.
 
Une bouée de sauvetage ne doit jamais être rejetée. Le monde dans lequel nous vivons est cruel, dangereux et sans pitié. Si ce n'est pas aujourd'hui, c'est demain que nous aurons besoin de fondations inébranlables. Si ce n'est pas pour gérer nos relations de couple, c'est pour éduquer nos enfants. Si ce n'est pas pour notre gagne-pain, c'est pour la maladie. Ne tendons pas une main aux forces du mal ; c'est grâce au renforcement de notre émouna (foi) que nous sortirons vainqueurs du combat de la vie. C'est à cette fin que Rabbi Na'hman fut envoyé du Ciel. Nous en passer nous rend responsables de nos fautes.
 
  
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