Un cadeau de Olaf

"Si tu crois que tu peux briser quelque chose, crois aussi que tu peux le corriger." (Rabbi Na'hman de Breslev).

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Alice Jonsson

Posté sur 08.05.08

Si Rabbi Na'hman de Breslev a dit que ce qu'on détruit peut être arrangé, cela doit être vrai, sans l'ombre d'un doute. Le Rabbi était un génie, un Tsadiq au plus haut niveau. Cependant, comprendre le sens profond de cette déclaration et la faire voyager de mon cerveau jusqu'à mon cœur n'est pas si facile. Mon yetser hara' (le mauvais penchant) ne manque pas de force et il ne rate jamais un jour de travail !
 
Je suis donc obligée de me forcer à comprendre le véritable sens de cette affirmation de Rabbi Na'hman, encore et encore… pour pouvoir enfin y croire. C'est en ayant de telles pensées que mon mari et moi avons nommé notre fils d'après le nom d'un oncle dont la vie illustra cette vérité. Pour cette histoire, nous appellerons cet homme Olaf.
 
Olaf a eu une vie remplie de misère, c'est le moins que l'on puisse dire. Sa mère – que sa mémoire repose en paix – est morte tragiquement lorsque Olaf état âgé seulement de quelques années. Elle laissa derrière elle le père d'Olaf ainsi que ses trois jeunes enfants. Les “pourquoi” et “comment” de cette histoire ne sont pas toujours clairs. Toujours est-il que le père d'Olaf se mit à boire pour soulager sa peine.
 
Cela fut la source d'une misère encore plus grande dans la vie de ses enfants qui souffraient déjà. La situation devint si difficile que des gens raisonnables intervinrent. On plaça la sœur d'Olaf chez un membre de la famille ; pour des raisons que seul Hachem peut comprendre, ont décida également de laisser les deux garçons avec leur père profondément perturbé.
 
La maison dans laquelle ils vivaient devint rapidement une horreur pour les deux frères. Ils devaient se débrouiller tout seul. Olaf se souvient qu'un certain jour, par désespoir – lorsqu'il était un tout petit enfant – il posa une poignée de céréales qu'il avait trouvée dans un tiroir sur la table de la cuisine et qu'il versa dessus du lait en essayant de les manger avec ses mains : il n'avait ni bol, ni ustensiles.
 
Cependant, Olaf était un battant et il réussit à se remettre tant bien que mal des méfaits de son éducation. Je devrais plutôt dire qu'il a survécu physiquement, mais que spirituellement il en est sorti meurtri et à bout de forces. Tragiquement, comme cela est souvent le cas, il se mit alors à boire afin d'oublier sa peine, tandis qu'il était encore très jeune. En peu de temps, Olaf devint alcoolique. Pendant plusieurs dizaines d'années, il buvait du matin au soir ; la quantité d'alcool qu'il buvait aurait dû selon toute logique le tuer plusieurs fois. En fait, son père et son frère moururent tous les deux des conséquences de l'alcool. 
 
On aurait pu penser qu'en ayant vu ce que l'alcool avait fait à son père et son frère, cela aurait fait une forte impression sur ce pauvre Olaf. Le monde lui criait : "Olaf ! Oui toi ! Éloigne-toi de la bouteille. Ne bois pas cela. Ne fume pas non plus ! Simplement, arrête-toi !" Cependant, lorsqu'une personne se détache d'Hachem de cette façon, elle devient sourde et aveugle. J'imagine le yetser hara' assit sur son trône, au-dessus de la tête d'Olaf : il se frotte les mains, mangeant des raisins, pensant qu'avec Olaf, il a le travail le plus facile sur la terre.
 
Après ces quelques lignes d'introduction, je vous entends déjà crier : “Pour quelle raison avez-vous appelé votre fils en souvenir de cet homme ?” Patience chers lecteurs…
 
Nous nous sommes tous promenés un jour dans un parc et vu un sans-abri assis sur un banc. Peut-être que ce sans-abri était même vautré à moitié par terre. Lorsque nous prenons le temps d'y penser – et cela n'arrive pas toujours ! – nous considérons une telle situation comme une tragédie. Cela nous fait mal au cœur.
 
Ces pauvres gens débraillés et sales furent certainement de beaux petits bébés aussi mignons que les nôtres et quelqu'un a dû les aimer, au moins une minute, au moins une fois dans leur vie. Eux aussi ont dû rêver, ils ont certainement espéré avoir des lendemains meilleurs ; ils ont même peut-être eu pendant une brève période de leur vie une sorte de paix avec eux-mêmes.
 
Pourtant, aujourd'hui ils sont au bord de la mort, sans avoir honte et en affichant leur désespoir sur la place publique. Ce style de vie fut exactement celle d'Olaf pendant de nombreuses années. Par la grâce d'Hachem, Olaf vivait dans un pays qui possédait des services sociaux d'une qualité exemplaire et il ne fut jamais traité comme un sac de poubelle qu'on jette sans y prêter attention. L'État lui accorda un endroit où vivre et de quoi manger. Il survécut en quelque sorte.
 
Un jour Olaf eut une vision étrange alors qu'il était en train de se saouler dans son appartement avec un copain. Quelque chose vint vers lui, une lumière dans sa cuisine, partout, et commença à lui parler, à le rassurer. Olaf commença à se sentir aimé, gêné à faire ce qu'il était en train de faire. Le yetser hara' (le mauvais penchant) commença à s'inquiéter. Olaf se demanda ce qui lui arrivait : était-ce l'alcool qui lui parlait ou qui commençait à le rendait complètement fou ? Il essaya de reprendre ses esprits et il continua le programme de sa journée. Le yetser hara' respira de soulagement.
 
Le jour suivant, la lumière vint de nouveau. En dépit du fait que le yetser hara' commence sa journée très tôt, une flamme s'éclaira à l'intérieur d'Olaf. Après des décennies de gaspillage, de douleur et de ruine, Olaf décida d'aller suivre une cure de réhabilitation. Il tomba littéralement amoureux de la sobriété. Cela lui permit également de tomber amoureux de la vie. Avec ses odeurs, ses couleurs ses arbres, ses gens, ses chiots. Avec Hachem. Il embrassa la vie avec une telle vigueur qu'il ouvrit son propre service de réhabilitation pour la drogue et l'alcool et il fit des conférences dans tous le pays sur les problèmes de la dépendance.
 
Il rencontra une femme qu'il aima et adopta même une jeune fille qu'il avait prise sous son aile. En agissant de la sorte, plusieurs personnes qui se trouvaient sur une pente dangereuse se sont renforcées et ont embrassé la vie, comme l'avait fait Olaf. Mon mari et moi-même avons été bénis de pouvoir nous lier d'amitié avec cet homme à la fois tranquille, humble et fort. 
  
Après dix ans de sobriété, Olaf découvrit que même s'il était plus que jamais en bonne santé spirituellement, les abus que son corps avait subit avaient été trop nombreux. Ironiquement, il apprit qu'il était atteint du cancer du foie. Il se battu du mieux qu'il peut, mais son corps perdait visiblement une bataille que son esprit ne perdait pas. 
 
Il désirait très fort rester en vie, car il voyait chaque instant de la vie comme un cadeau. Durant sa maladie qui le rongeait, il n'avait aucun problème à admettre que chaque seconde qu'il vivait – depuis qu'il était devenu sobre – était un véritable miracle provenant d'Hachem. Ainsi, il ne se sentait pas volé du reste de sa vie. Hachem a laissé sa lumière brûler pendant dix ans de plus, même si Olaf avait gaspillé des décennies.
 
C'est la raison pour laquelle nous avons appelé notre fils Olaf. Même si cela lui a pris du temps, Olaf a saisi le yetser hara' par la gorge et il ne s'est pas laissé faire. Pendant les dix années de sobriété qu'il a connues, il a sauvé des vies, littéralement. Il alla dans les tranchées, dans les arbustes, dans les rayons des boissons alcoolisées des supermarchés le soir afin repousser le yetser hara'. Olaf enseigna aux gens comment combattre la pire des ténèbres: l'envie de baisser les bras, Il leur apprit qu'il ne faut jamais baisser les bras, jamais. Hachem aime les hommes simples qui ne renoncent pas, qui croient qu'une vie peut être rectifiée.    

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